Blog du Dr Gérard Maudrux:Le Président et les chiffres-« Dieu parmi nous » ment comme il respire comme le font les idoles

Blog du Dr Gérard Maudrux

L’ŒIL D’UN ANTI-CONFORMISTE

Le Président et les chiffres

Posté le  par Gérard Maudrux

La démonstration de notre Président jeudi a été claire, expliquant bien les raisons conduisant à ses décisions de mi-confinement, mi couvre-feu. Je suis toutefois choqué par ses chiffres : quand on est sûr de soi, point besoin de manipuler les chiffres pour convaincre, sinon c’est un aveu de faiblesse.

Cela a très mal commencé : « Hier, 527 de nos compatriotes sont décédés du COVID-19 ». Notre Président avait pourtant les chiffres des dernières 24 heures, de 14h à 14h : 244 décès. Le jour précédant ? 288. La presse annonçait pour l’avant-veille 523 décès, car aux 288 étaient ajoutés les décès en Ehpad, cumul de 4 ou 5 jours. Le Président ne pouvait ignorer cela, c’est donc volontairement qu’il a doublé ce chiffre. 

Personnellement j’aurais donné le bon chiffre, en précisant qu’il correspondait à des patients contaminés il y a 3 semaines, et que comme nous avions actuellement 2 fois plus de cas, ce chiffre des décès va vite doubler, dépassant 500, et plus si rien n’est fait. Même résultat, mais plus honnête et plus crédible car ne pouvant être critiqué dès le lendemain, semant le trouble, mais heureusement que la presse est bien attentionnée.

« Hier, nous avons dénombré près de 3000 personnes en réanimation, soit plus de la moitié des capacités nationales ». Quand on annonce ensuite 9 000 lits de réanimation (12 000 annoncés il y a quelques semaines par le ministre de la santé), là encore on joue sur le fait que les français sont de plus en plus mauvais en calcul, car 3 000, c’est 30% de 9 000, 25% de 12 000, et non 50 à 60%. Le discours pouvait se passer de jouer sur l’incapacité des français à calculer. En ce qui concerne le nombre de lits qui sera disponible, depuis 4 mois, il change tous les 15 jours. En vérité, il sera sans doute, à 500 près, du même ordre qu’en avril-mai. Quant aux 10 000 respirateurs qu’il a annoncé avoir commandé en avril, il a oublié de nous en parler, cela devrait pourtant nous sortir de l’impasse…

Toujours pour faire peur, on évoque la possibilité de 400 000 morts. C’est le chiffre qui a été le plus critiqué. Personnellement je serai moins critique, car avec ce Covid qui déjoue tous les pronostics, même venant des plus compétents, tout est possible. J’aurais simplement évité, d’autant plus que ces chiffres, ce n’est pas ce qui est arrivé dans les pays qui n’ont pas confiné lors de la première vague.

« Nous avons aussi formé près de 7000 infirmiers et médecins pour pouvoir travailler en réanimation.  .. Un effort colossal a été fait de formation ». Là, grosse surprise ! Même notre ministre de la santé n’était pas au courant ! Il y a peu encore, quand on lui reprochait le nombre de lits, il disait que le problème n’était pas les lits, mais le personnel pour les faire tourner. Manifestement il ne savait pas que 7 000 avaient été formés. Le ministère de la santé pas au courant de cet effort colossal ? Quelle coordination. Alors j’ai cherché où, quand, comment, combien. Je n’ai pas été le seul, nombre de journaux ont fait de même, sans trouver. Ils ont interrogé les premiers concernés et au courant : les syndicats d’infirmiers, l’Ordre, la société des médecins anesthésistes, etc… L’un ne savait pas, d’autre a répondu très diplomatiquement : « ils ont sans doute bénéficié. », ou « c’est certainement des infirmiers qui… ». Aucun n’affirme avec détails. Toutefois certains ont pu ou dû recevoir une formation théorique de 14 heures (à l’initiative de certains directeurs prévoyants après la première vague au titre de la formation professionnelle ?), sans directives officielles, quand le Président parle de 5 ans de formation nécessaire.

Une note du ministère de la santé datée du 17 juillet évalue à 16 800 le besoin pour 12 000 lits, et selon Le Figaro, qui le tient de la DGS, ni la DGS, ni le ministère n’ont les éléments pour savoir combien d’embauches dans ce sens ont été faites depuis la première vague. Les enquêtes sur le terrain depuis cette annonce sont tout autres : à Annecy, « des gens sont partis, des postes ne sont pas pourvus, l’absentéisme n’est pas remplacé, il manque deux infirmiers dans le service pour ce soir ». A Sud Santé d’Angers : « Nous abordons cette deuxième vague avec moins de personnel que lors de la première ». Et quand Macron dit : « Nous avons les stocks de médicaments, les respirateurs, les masques, les blouses et les gants, tout le matériel nécessaire parce que nous avons appris de nos insuffisances, de nos manques durant la première vague. », ce n’est pas ce que disent cette semaine des directeurs d’ARS, notamment de Paris Ile de France : « Nous n’avons pas de réserves ». À la Pitié-Salpêtrière, on souligne qu’ « il n’y a pas de marge, l’hôpital fonctionne en flux tendu ». Même chose en libéral : en septembre on a demandé aux professionnels de se constituer à leurs frais leurs propres stocks de matériel, et on a autorisé les pharmacies à leur délivrer encore des masques en octobre, « jusqu’à épuisement des stocks ».

Cette annonce de 7 000 formations et de réserves suffisantes, me rappelle sa première intervention télévisée en mars : en regardant les français droit dans les yeux, il leur a dit « dès demain je fais livrer des masques à la moitié des médecins, le reste sous 48 heures », sachant qu’il n’en avait pas, et 2 mois plus tard les médecins attendaient toujours, vivant dans la débrouille permanente. Et les « 8 milliards par an investis dans l’hôpital » vantés, ce n’est pas aujourd’hui, c’est pour demain. Et combien pour le secteur libéral, qui assume toujours plus de la moitié des soins ?

Les français gobent tout ce qu’on leur dit, ce sera encore le cas. En profiter en manipulant des chiffres qu’ils ne pourront vérifier, n’est pas à la hauteur d’un grand chef d’Etat. C’est devenu une constante chez nos élites, et c’est quelque part un peu méprisant à l’égard de ceux qui n’ont pas les mêmes capacités. J’ai pu constater que c’était une marque de fabrication de la plupart des énarques.

Maintenant sur le fond des mesures, je me suis déjà exprimé la veille du discours, et elles ne sont pas ce que j’espérais. Je proposais une action ciblée sur les principales causes de clusters, informations des brigades Covid et non exploitées, pour réduire la diffusion du virus, et mettre le paquet sur la réanimation pour encaisser la vague sans confiner, reconnaissant que des mois avaient été perdus. 50 à 100 millions d’euros pour 10 000 lits « mobiles » supplémentaires, pour passer à 20 000, réutilisables à chaque épidémie dans les années à venir (permet également de diminuer les lits « fixes », donc économies), à comparer aux 15 milliards de coût estimé du second confinement, sans doute 20. Le lendemain j’ai eu la satisfaction de lire les propos d’un réanimateur d’un grand hôpital parisien, faisant remarquer que les 5 réanimateurs du service, assistés d’autant de médecins assistants rapidement formés en cas de crise, permettait de décupler (je dirais doubler) leur capacité. Il en est de même pour le reste du personnel.

Macron a dit aux français qu’il fallait 10 ans pour former un médecin réanimateur. Oui, si on triche en ajoutant toute la formation du médecin, avant spécialisation, mais pour former un assistant en cas de crise, peu de jours suffisent, et non 10 ans, ce qui fait que c’était possible. Prenez un médecin sachant lire un ECG, apprenez-lui les constantes à surveiller, pourquoi et comment (1/2 journée), apprenez lui l’effet des 5 ou 6 médicaments utilisés sur ces constantes (1/2 journée), apprenez-lui les débits d’un pousse-seringue et le réglage d’un respirateur (1/2 journée), et vous avez un assistant. Certes il ne sera pas apte à prendre les décisions de traitements et mesures, ce qu’on ne lui demande pas, mais apte à les surveiller sous la surveillance d’un « patron », qui pourra ainsi traiter deux fois plus de patients que quand il était seul. Même chose à tous les échelons. N’oublions pas aussi tous les anesthésistes non réanimateurs, infirmiers et infirmières anesthésistes, encore plus aptes et disponibles, car qui dit plan blanc déclenché dans tous les hôpitaux, dit arrêt de toutes les activités non vitales, et nombre de personnels disponibles. Rappelez-vous les témoignages d’urgentistes gênés d’être applaudis tous les jours, car travaillant dans des services vides pendant l’épidémie.

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